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il y a 10 mois 1 semaine - il y a 10 mois 1 semaine #9796 par Dzin
Dzin a créé le sujet : La Chronique sans nom
La Chronique sans nom
Histoire d'un détour retour
_ par Aramel , fils d'Ambre_






Rencontres de plusieurs types
La silhouette me toisait au travers du miroir : des yeux sombres, pâle reflet des miens, encadrés de cheveux orangés, dérangés, me dévisageaient longuement, étrécis peu à peu par un léger froncement de sourcil. Autour de nous, de moelleux lits à baldaquin séparés par des paravents, de riches tapis aux motifs apaisants; et une porte derrière lui, derrière moi. Le coup d'œil s'attarda dans l'alcôve la plus éloignée, aménagée en petit salon confortable : une porte menait à une salle d'eau pareille à un petit palais de porcelaine, une prison d'albâtre.
Je fermais un instant les yeux, pris une profonde inspiration.
...
Seul face au miroir, au milieu de la chambre, je passai machinalement ma main dans mes cheveux. Celui qui se présenta sous le nom du célèbre Dworkin m'avait amené ici il y a deux nuits. "Ici".. Un domaine créé de toutes pièces, façonné à sa demande, peuplé de créations humanoïdes muettes, au service de ses invités. Mes différents repères me confirmaient que ces deux nuits devaient correspondre à près d'une demi-journée, d'où je viens; mais ces repères étaient malmenés dans cet endroit juché au milieu de nulle part, où les pouvoirs fonctionnaient avec difficulté. Je sortis de la pièce.

Ce dortoir donnait sur une immense salle de réception ; longeant le mur à ma droite, je fis quelques mètres sous un des gigantesques vitraux; celui-ci dépeignait un homme habillé en gris, menant un petit groupe de personnes au travers d’un dédale de colonnes titanesques, fuyant une horde de petites créatures. Je l’observais un moment, m'arrêtant, le cou encore enraidi par une nuit difficile ; un serviteur commença à me masser le haut des épaules et la nuque. Tout inspirait la grandeur, l’immensité dans cette pièce rectangulaire : au fond de la salle, derrière une large, très large baie vitrée, sous un ciel étoilé zébré d’aurores boréales, une terrasse baignée dans l’ombre ; à droite, une porte me mena à la bibliothèque qui descendait sur 7 étages. Des milliers, dizaines de milliers d’ouvrages (près de 47000) s’alignaient dans un désordre probablement imaginé par son seul créateur ; des fauteuils attendaient le séant des lecteurs, l’un d’eux en particulier en portait encore mon empreinte. Je m’y assis, un livre relié d’un revêtement brun et or dans les mains. Je lisais avec curiosité un récit de mes propres aventures dans un monde rude, aux jeux politiques complexes, raconté par un membre éminent d’une secte d’adorateurs.

« On ne peut menacer un individu et se soustraire aux conséquences », commençait-il.

Des bruits inhabituels vinrent interrompre ce moment de tranquillité : Dworkin amenait probablement un autre « invité ». Je l'entendis donner des consignes rapides, semblables à celles que je reçus, et le silence: notre hôte était reparti. Quelques minutes plus tard, un nouveau camarade de chambre entrait dans la bibliothèque.

"Moien!", dit-il en levant la main, avec un accent chantant et trainant, mais tout à fait charmant. Je souris à l'homme en costume bleu marine et chemise blanche qui s'approchait de moi, dont le regard passait de mon livre, à moi, et à la bouteille de brandy sur la table basse. Il était un peu débraillé et portait la veste de son costume sur l'épaule. Des cheveux roux, courts et peignés sur le côté, un visage pâle entouré de rouflaquettes, des yeux verts qui semblaient de plus en plus intéressés par le liquide sirupeux devant moi. Je lui tendis la main en le saluant amicalement, et l'invitai à s'asseoir: il se jeta sur un fauteuil, passant une jambe par-dessus un accoudoir, et se servit un verre qu'un serviteur avait déposé quelques secondes auparavant.
Voilà donc Herbert Steffes, employé à la BEI. Un vague souvenir de l'ombre-Terre passa pendant qu'il se présentait, et que j'évoquais l'amabilité de notre hôte, qui nous laissait profiter de sa magnifique demeure. Je lui proposai rapidement de lui faire visiter les lieux.

"Vous connaissez déjà la bibliothèque.. Retournons à la salle de reception.": l'immense table trônait toujours au milieu, je lui présentai les lieux et continuai vers les chambres. Un serviteur aurait pu faire la visite pour moi, me dis-je avec flegme..

Des bruits derrière nous.

Un autre invité.

Nous fîmes demi-tour : devant nous, une femme portant comme seul vêtement une ceinture d'une matière fluide, argentée, et de très longs cheveux noirs qui descendaient avec pudeur le long de son corps à la peau hâlée, de ses jambes finement dessinées.. Ah oui: et recouverte de sang. Elle semblait un peu choquée par ce qui a précédé son arrivée - le fait qu'elle soit passée d'un monde à l'autre en une inspiration ne l'inquiétait pas: Herbert avait réagi de manière semblable à la téléportation, un indice quant à notre origine commune.
Elle se présenta sous différents noms; je n'en retins aucun, apparemment elle avait longuement vécu avec des indigènes qui lui donnaient des noms improbables et fantaisistes. Elle racontait comment un certain Eram était mort dans ses bras avant qu'elle soit amenée ici. Elle semblait sincèrement triste.
Touchant..
Je lui proposai d'aller se rafraichir et lui montrai la direction de la salle de bain. Je discutais distraitement avec eux sur les derniers événements, sur ces lieux, pendant qu'elle se lavait.
Appellons-la Sansnom pour la suite du récit.
Sansnom sortit de la salle de bain dans la même tenue, refusant d'autres vêtements que ceux décrits à son arrivée. Je lui proposai un tour du propriétaire, en réfléchissant à ce qui pouvait nous réunir ici..

C'est en arrivant dans la salle de réception qu'un homme brun, vêtu d'un pourpoint brodé d'or et d'argent lacéré et taché de sang fit son apparition. Son visage assez banal ne trahissait pas d'émotions; sa prestance, elle, était digne d'un prince. Quand il nous vit, il nous salua très courtoisement, et s'enquit de l'être étrange qui l'avait mené ici : mais notre hôte avait disparu aussitôt, et nous ne savions sincèrement pas où il était, ou quand il reviendrait.
Saturnin se présenta et nous demanda poliment de faire de même. Herbert s'exécuta, Sansnom provoqua un peu de gêne chez les plus cartésiens d'entre nous en expliquant qu'elle n'avait pas de nom, puis je finis par me présenter.

"Aramel.", dis-je, alors que plusieurs pseudonymes me venaient en tête, je ne voyais pas l'intérêt d'utiliser un autre nom que celui-là. Saturnin me jaugea rapidement du regard, ma chemise blanche à jabots, mon pantalon en étoffe brune, à poches larges, ma touffe de cheveux orange vif me donnait sans doute un air négligé, ou au mieux décontracté, qu'il ne releva pas: Sansnom annihilait toute idée de code vestimentaire avec sa tenue.

Pensant à ce que l'arrivée de Saturnin et Sansnom avait interrompu, je proposai, résigné, à l'assemblée de faire, de finir, le tour des lieux. Une fois passées rapidement en revue la chambre, la salle de bain et la salle de réception, (Saturnin voulut tout de même en profiter pour se changer quand je lui expliquai que les serviteurs pouvaient pourvoir à tous nos désirs), je lui présentai la terrasse: une porte en verre coulissante en marquait l'entrée, mais à ses pieds, le ciel étoilé, zébré d'aurores boréales que nous apercevions de plus loin semblait d'un noir absolu: une immensité vertigineuse, constellée de galaxies séparées par le vide omniprésent. Lui demandant de retenir sa respiration, je m'engageais sur la terrasse en ressentant un picotement qui parcourait mon corps: la température chuta brutalement en-dessous de zéro, l'air se fit infiniment rare, un sentiment d'insécurité difficilement répressible m'envahit alors que j'avançais, "tranquillement", au milieu de la terrasse. Mon horloge interne lança un décompte: j'avais une dizaine de minutes avant de subir de sérieux dégâts du manque d'air et du froid abyssal.
Je regardais autour de nous, et m'avançais au bord de la terrasse pour visualiser l'étendue de la demeure de Dworkin: un palais de quelques dizaines de mètres de large et de haut, flottant dans l'espace. Me penchant un peu plus, je ne vis pas de créatures (éléphants, tortues, poulpe géant..?) sous la demeure, propulsant l'ensemble. Saturnin partagea ma curiosité, sans un mot, et retourna à l'intérieur; je le suivis peu après et le dirigea vers la bibliothèque pour la suite de la visite.
Encore interrompue.
Cette fois-ci, notre hôte (l'identité de cette personne est sujette à débats: qui le connait suffisamment pour attester de qui il s'agit?) arriva en compagnie d'une femme - habillée – en kimono orné d'une licorne, portant deux lames sur le côté, katana et wakizashi. Elle avait un aspect très singulier avec ses cheveux blancs aux reflets blonds et ces yeux vairons, bleu et ambre; sa sérénité retenait l'attention. N'avait-elle pas pourtant, elle aussi, été malmenée avant son arrivée ici? Asahina Kirin se présenta cérémonieusement, et nous nous présentâmes à notre tour.

Dworkin s'installa à table dès son arrivée, qui se garnissait rapidement de plats apportés par les servants. Cet homme trapu, couvert de légères cicatrices, au teint basané et cheveux bruns striés de gris, portait un pantalon vert criard et une chemise couleur moutarde, avec un pendentif licorne. Il ressemblait beaucoup à l'homme de mes souvenirs, rien ne pouvait me garantir son identité, à part en voyant de quoi il était capable. Et cela pouvait être dangereux.
Il parlait pendant qu'il se servait des assiettes pleines, nous regardant tour à tour, marmonnant qu'il ne savait pas s'il fallait nous tuer ou nous renvoyer là-bas. Il semblait savoir suffisamment de nous pour confirmer que nous étions innocents d'un crime dont il ne voulait pas parler. Nous étions silencieux à table, à part de rares questions comme "qui êtes-vous", "que se passe-t-il", "pourquoi nous avez-vous amené ici", "qui nous a attaqué", auxquelles nous n'eurent pas de réponses satisfaisant pleinement notre curiosité. Dworkin nous avait sauvé d'agresseurs venant apparemment des Cours du Chaos; il se demandait s'il fallait nous tuer car nous pourrions être dans l'autre camp, mais il semblait peu à peu convaincu que nous n'étions simplement pas au courant de ce qu'il se passait.

Ambre. Si nous voulions vivre, ce serait notre prochaine destination. Nous y trouverons des réponses, du soutien, ou la mort: cela dépendra de nous, de notre discrétion et de notre vitesse à nous y rendre. Il devait partir: nous protéger ne servirait à rien, nous devions agir.
Il voulut que nous partions dès la fin du repas, mais ceux autour de moi, venant à peine d'arriver, demandèrent à se reposer avant de partir. Il nous donna 8 heures, et disparut.

Mes compagnons de chambre allèrent se coucher, mais je choisis de passer ces prochaines heures dans la bibliothèque. Je devais m'assurer d'une chose par rapport à Dworkin.
Dernière édition: il y a 10 mois 1 semaine par Dzin.
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