Topic-icon La Chronique sans nom

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il y a 1 an 3 jours - il y a 1 an 3 jours #9796 par Dzin
Dzin a créé le sujet : La Chronique sans nom
La Chronique sans nom
Histoire d'un détour retour
_ par Aramel , fils d'Ambre_






Rencontres de plusieurs types
La silhouette me toisait au travers du miroir : des yeux sombres, pâle reflet des miens, encadrés de cheveux orangés, dérangés, me dévisageaient longuement, étrécis peu à peu par un léger froncement de sourcil. Autour de nous, de moelleux lits à baldaquin séparés par des paravents, de riches tapis aux motifs apaisants; et une porte derrière lui, derrière moi. Le coup d'œil s'attarda dans l'alcôve la plus éloignée, aménagée en petit salon confortable : une porte menait à une salle d'eau pareille à un petit palais de porcelaine, une prison d'albâtre.
Je fermais un instant les yeux, pris une profonde inspiration.
...
Seul face au miroir, au milieu de la chambre, je passai machinalement ma main dans mes cheveux. Celui qui se présenta sous le nom du célèbre Dworkin m'avait amené ici il y a deux nuits. "Ici".. Un domaine créé de toutes pièces, façonné à sa demande, peuplé de créations humanoïdes muettes, au service de ses invités. Mes différents repères me confirmaient que ces deux nuits devaient correspondre à près d'une demi-journée, d'où je viens; mais ces repères étaient malmenés dans cet endroit juché au milieu de nulle part, où les pouvoirs fonctionnaient avec difficulté. Je sortis de la pièce.

Ce dortoir donnait sur une immense salle de réception ; longeant le mur à ma droite, je fis quelques mètres sous un des gigantesques vitraux; celui-ci dépeignait un homme habillé en gris, menant un petit groupe de personnes au travers d’un dédale de colonnes titanesques, fuyant une horde de petites créatures. Je l’observais un moment, m'arrêtant, le cou encore enraidi par une nuit difficile ; un serviteur commença à me masser le haut des épaules et la nuque. Tout inspirait la grandeur, l’immensité dans cette pièce rectangulaire : au fond de la salle, derrière une large, très large baie vitrée, sous un ciel étoilé zébré d’aurores boréales, une terrasse baignée dans l’ombre ; à droite, une porte me mena à la bibliothèque qui descendait sur 7 étages. Des milliers, dizaines de milliers d’ouvrages (près de 47000) s’alignaient dans un désordre probablement imaginé par son seul créateur ; des fauteuils attendaient le séant des lecteurs, l’un d’eux en particulier en portait encore mon empreinte. Je m’y assis, un livre relié d’un revêtement brun et or dans les mains. Je lisais avec curiosité un récit de mes propres aventures dans un monde rude, aux jeux politiques complexes, raconté par un membre éminent d’une secte d’adorateurs.

« On ne peut menacer un individu et se soustraire aux conséquences », commençait-il.

Des bruits inhabituels vinrent interrompre ce moment de tranquillité : Dworkin amenait probablement un autre « invité ». Je l'entendis donner des consignes rapides, semblables à celles que je reçus, et le silence: notre hôte était reparti. Quelques minutes plus tard, un nouveau camarade de chambre entrait dans la bibliothèque.

"Moien!", dit-il en levant la main, avec un accent chantant et trainant, mais tout à fait charmant. Je souris à l'homme en costume bleu marine et chemise blanche qui s'approchait de moi, dont le regard passait de mon livre, à moi, et à la bouteille de brandy sur la table basse. Il était un peu débraillé et portait la veste de son costume sur l'épaule. Des cheveux roux, courts et peignés sur le côté, un visage pâle entouré de rouflaquettes, des yeux verts qui semblaient de plus en plus intéressés par le liquide sirupeux devant moi. Je lui tendis la main en le saluant amicalement, et l'invitai à s'asseoir: il se jeta sur un fauteuil, passant une jambe par-dessus un accoudoir, et se servit un verre qu'un serviteur avait déposé quelques secondes auparavant.
Voilà donc Herbert Steffes, employé à la BEI. Un vague souvenir de l'ombre-Terre passa pendant qu'il se présentait, et que j'évoquais l'amabilité de notre hôte, qui nous laissait profiter de sa magnifique demeure. Je lui proposai rapidement de lui faire visiter les lieux.

"Vous connaissez déjà la bibliothèque.. Retournons à la salle de reception.": l'immense table trônait toujours au milieu, je lui présentai les lieux et continuai vers les chambres. Un serviteur aurait pu faire la visite pour moi, me dis-je avec flegme..

Des bruits derrière nous.

Un autre invité.

Nous fîmes demi-tour : devant nous, une femme portant comme seul vêtement une ceinture d'une matière fluide, argentée, et de très longs cheveux noirs qui descendaient avec pudeur le long de son corps à la peau hâlée, de ses jambes finement dessinées.. Ah oui: et recouverte de sang. Elle semblait un peu choquée par ce qui a précédé son arrivée - le fait qu'elle soit passée d'un monde à l'autre en une inspiration ne l'inquiétait pas: Herbert avait réagi de manière semblable à la téléportation, un indice quant à notre origine commune.
Elle se présenta sous différents noms; je n'en retins aucun, apparemment elle avait longuement vécu avec des indigènes qui lui donnaient des noms improbables et fantaisistes. Elle racontait comment un certain Eram était mort dans ses bras avant qu'elle soit amenée ici. Elle semblait sincèrement triste.
Touchant..
Je lui proposai d'aller se rafraichir et lui montrai la direction de la salle de bain. Je discutais distraitement avec eux sur les derniers événements, sur ces lieux, pendant qu'elle se lavait.
Appellons-la Sansnom pour la suite du récit.
Sansnom sortit de la salle de bain dans la même tenue, refusant d'autres vêtements que ceux décrits à son arrivée. Je lui proposai un tour du propriétaire, en réfléchissant à ce qui pouvait nous réunir ici..

C'est en arrivant dans la salle de réception qu'un homme brun, vêtu d'un pourpoint brodé d'or et d'argent lacéré et taché de sang fit son apparition. Son visage assez banal ne trahissait pas d'émotions; sa prestance, elle, était digne d'un prince. Quand il nous vit, il nous salua très courtoisement, et s'enquit de l'être étrange qui l'avait mené ici : mais notre hôte avait disparu aussitôt, et nous ne savions sincèrement pas où il était, ou quand il reviendrait.
Saturnin se présenta et nous demanda poliment de faire de même. Herbert s'exécuta, Sansnom provoqua un peu de gêne chez les plus cartésiens d'entre nous en expliquant qu'elle n'avait pas de nom, puis je finis par me présenter.

"Aramel.", dis-je, alors que plusieurs pseudonymes me venaient en tête, je ne voyais pas l'intérêt d'utiliser un autre nom que celui-là. Saturnin me jaugea rapidement du regard, ma chemise blanche à jabots, mon pantalon en étoffe brune, à poches larges, ma touffe de cheveux orange vif me donnait sans doute un air négligé, ou au mieux décontracté, qu'il ne releva pas: Sansnom annihilait toute idée de code vestimentaire avec sa tenue.

Pensant à ce que l'arrivée de Saturnin et Sansnom avait interrompu, je proposai, résigné, à l'assemblée de faire, de finir, le tour des lieux. Une fois passées rapidement en revue la chambre, la salle de bain et la salle de réception, (Saturnin voulut tout de même en profiter pour se changer quand je lui expliquai que les serviteurs pouvaient pourvoir à tous nos désirs), je lui présentai la terrasse: une porte en verre coulissante en marquait l'entrée, mais à ses pieds, le ciel étoilé, zébré d'aurores boréales que nous apercevions de plus loin semblait d'un noir absolu: une immensité vertigineuse, constellée de galaxies séparées par le vide omniprésent. Lui demandant de retenir sa respiration, je m'engageais sur la terrasse en ressentant un picotement qui parcourait mon corps: la température chuta brutalement en-dessous de zéro, l'air se fit infiniment rare, un sentiment d'insécurité difficilement répressible m'envahit alors que j'avançais, "tranquillement", au milieu de la terrasse. Mon horloge interne lança un décompte: j'avais une dizaine de minutes avant de subir de sérieux dégâts du manque d'air et du froid abyssal.
Je regardais autour de nous, et m'avançais au bord de la terrasse pour visualiser l'étendue de la demeure de Dworkin: un palais de quelques dizaines de mètres de large et de haut, flottant dans l'espace. Me penchant un peu plus, je ne vis pas de créatures (éléphants, tortues, poulpe géant..?) sous la demeure, propulsant l'ensemble. Saturnin partagea ma curiosité, sans un mot, et retourna à l'intérieur; je le suivis peu après et le dirigea vers la bibliothèque pour la suite de la visite.
Encore interrompue.
Cette fois-ci, notre hôte (l'identité de cette personne est sujette à débats: qui le connait suffisamment pour attester de qui il s'agit?) arriva en compagnie d'une femme - habillée – en kimono orné d'une licorne, portant deux lames sur le côté, katana et wakizashi. Elle avait un aspect très singulier avec ses cheveux blancs aux reflets blonds et ces yeux vairons, bleu et ambre; sa sérénité retenait l'attention. N'avait-elle pas pourtant, elle aussi, été malmenée avant son arrivée ici? Asahina Kirin se présenta cérémonieusement, et nous nous présentâmes à notre tour.

Dworkin s'installa à table dès son arrivée, qui se garnissait rapidement de plats apportés par les servants. Cet homme trapu, couvert de légères cicatrices, au teint basané et cheveux bruns striés de gris, portait un pantalon vert criard et une chemise couleur moutarde, avec un pendentif licorne. Il ressemblait beaucoup à l'homme de mes souvenirs, rien ne pouvait me garantir son identité, à part en voyant de quoi il était capable. Et cela pouvait être dangereux.
Il parlait pendant qu'il se servait des assiettes pleines, nous regardant tour à tour, marmonnant qu'il ne savait pas s'il fallait nous tuer ou nous renvoyer là-bas. Il semblait savoir suffisamment de nous pour confirmer que nous étions innocents d'un crime dont il ne voulait pas parler. Nous étions silencieux à table, à part de rares questions comme "qui êtes-vous", "que se passe-t-il", "pourquoi nous avez-vous amené ici", "qui nous a attaqué", auxquelles nous n'eurent pas de réponses satisfaisant pleinement notre curiosité. Dworkin nous avait sauvé d'agresseurs venant apparemment des Cours du Chaos; il se demandait s'il fallait nous tuer car nous pourrions être dans l'autre camp, mais il semblait peu à peu convaincu que nous n'étions simplement pas au courant de ce qu'il se passait.

Ambre. Si nous voulions vivre, ce serait notre prochaine destination. Nous y trouverons des réponses, du soutien, ou la mort: cela dépendra de nous, de notre discrétion et de notre vitesse à nous y rendre. Il devait partir: nous protéger ne servirait à rien, nous devions agir.
Il voulut que nous partions dès la fin du repas, mais ceux autour de moi, venant à peine d'arriver, demandèrent à se reposer avant de partir. Il nous donna 8 heures, et disparut.

Mes compagnons de chambre allèrent se coucher, mais je choisis de passer ces prochaines heures dans la bibliothèque. Je devais m'assurer d'une chose par rapport à Dworkin.
Dernière édition: il y a 1 an 3 jours par Dzin.
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il y a 2 semaines 1 jour - il y a 3 jours 8 heures #10868 par Dzin
Dzin a répondu au sujet : La Chronique sans nom
1ère Lame : Arrête-nous si tu peux

Les heures passèrent et tous furent réveillés, préparés avant l'arrivée de notre hôte. Il apparut à l'heure prévue. Je regrettais un instant de ne pas avoir pu prendre de repos, mais j'espérais en avoir retiré quelques bénéfices. Il nous demanda sèchement si nous étions prêts, et à peine faisions-nous mine d'acquiescer que l'air se mit à scintiller autour de nous, puis le décor changea brutalement.

Nous étions au pied d'un arbre majestueux, baigné d'une lumière dorée émanant du sol. Un immense entrelacs de courbes lumineuses, formant un réseau de lignes labyrinthiques de la taille d'un terrain de football, serpentait devant nous : une Marelle. Son nom était trompeur, mais cette langue peine à traduire ce mot ; on l’appelle « the Pattern » en anglais, ce qui le décrit bien mieux. Le parcourir met à l'épreuve la volonté, l'endurance au risque d'engloutir celui qui s'y essaierait.
Arpenter ce motif sinueux donne accès au pouvoir de marcher dans les Ombres.

Autour de nous, tout le monde sauf Sansnom semblait comprendre de quoi il s'agissait. Saturnin et moi lui expliquèrent ce que cela représentait : les mondes qu'elle connait sont des Ombres, la Marelle en est le centre, la réalité, ce qui relie toute chose. Il suggéra que celle-là pourrait être la Marelle de Corwin, un puissant prince d'Ambre qui avait créé celle-ci pendant les guerres d'Ambre, avant l'avènement du roi Random. Il y aurait bien plus à dire que cela, et nous étions d'après moi assez loin de comprendre mais Dworkin, à nos côtés, ne semblait pas pouvoir rester plus longtemps. Il nous dit de nous rendre à Ambre au plus vite, nous serons exposés au danger jusque-là. Il disparut comme il était arrivé.
Il fallait profiter de l’occasion : je proposai à Saturnin, puis aux autres, de rester une bonne heure pour se familiariser avec cet endroit. Les voyages en ombre se basent sur nos souvenirs, retrouver cet endroit aller demander de s'en imprégner un certain temps, et pourrait nous être utile à l'avenir. Ils acceptèrent ; j'espérais que ce choix n'allait pas fournir le temps nécessaire à nos poursuivants pour nous retrouver, mais Dworkin ne nous avait pas amené ici par hasard : qu’il ait choisi cet endroit plutôt que nous rapprocher d’Ambre devait signifier quelque chose hors de notre portée pour le moment.

Saturnin et Asahina dirigèrent le groupe à travers les ombres. Sansnom était émerveillée par les différentes ombres qu'ils nous firent traverser ; Herbert et moi étions silencieux, bien qu'il gardât un air insouciant, je pensais qu'il ne s'agissait que d'une façade.
Saturnin procédait à de subtils passages d'ombre en ombre, d'après lui plus difficile à détecter et donc plus sûr. Il nous fit prendre des chevaux – Sansnom proposa de se changer en cheval : elle expliqua maitriser la métamorphose ; jusqu'à aujourd'hui, seules les personnes souhaitant me nuire avaient utilisé ce type de talent. Je ne sais pas si sa candeur apparente masquait une prochaine trahison... Dworkin n'avait rien vu de tel, mais il valait mieux rester attentif. Elle prit la forme d'un imposant cheval noir, sa ceinture argentée ajustée autour du cou de la bête. Saturnin la monta.
Au bout de longues heures de voyages à passer de déserts de roche en forêts, de terre battue en tapis d'herbes aux couleurs farfelues, Asahina lui proposa de prendre la relève afin qu'il se repose : il ne le dit pas, ne le montra pas, ses épaules un peu affaissées et sa tendance à l'exaspération pour des broutilles étaient autant de signes de fatigue.
Quand elle commença à ouvrir la marche, le paysage changea peu à peu pour des contrées verdoyantes, humides. Elle choisit de suivre une rivière, et nous dirigea vers une barque qui pouvait tous nous accueillir si Sansnom reprenait forme humaine : elle choisit de prendre la forme d'une loutre. Tous étaient silencieux, oscillant entre calme et appréhension.
La route avait déjà été longue et je proposai une halte : Saturnin et Asahina soutinrent la proposition ; elle nous fit naviguer dans le cours d'eau vers un bâtiment surélevé en bois qui le longeait, surmonté d'un toit à pignons légèrement incliné. Un enclos à chevaux bordait un côté de la bâtisse : probablement un relais au vu du nombre de chevaux et de la fréquentation.
Les voyageurs portaient le kimono, ou des armures faites de lattes de bois et de cordes fines ajustées sur les membres, et parfois une arme semblable à ce que portait Asahina. Elle connaissait cette région, mais ses habitants ne nous connaissaient pas, et nous regardait avec méfiance, bien qu'ils fassent preuve visiblement de respect. Elle nous mena à l'intérieur, nous fit prendre un repas chaud, et des chambres individuelles.
Nous n'avions pas de quoi payer notre nuit ici – cette problématique me trotta un peu dans la tête et alimenta la conversation autour de la table ; je testai rapidement si notre pouvoir était efficace dans cette ombre : oui, me dis-je en reposant un couteau à la pointe cassée sur la table ; mais j'étais épuisé par l'absence de sommeil et n'aurai pas beaucoup de cartes à jouer. Saturnin arguait que nous n'avions aucun besoin de payer notre séjour, nous aurions disparu avant que cela ne pose problème à quiconque. Je ne partageais pas cette insouciance : les ombres sont innombrables, mais nos actions se répercutent dans les ombres voisines comme une onde se propage dans une mare. Ou peut-être accordais-je à tort trop d'importance à nos actes ?
Se reposer était maintenant le plus important.

Le jour n'était pas encore levé : certains d'entre nous se réveillèrent, alertés par le sentiment d'un danger imminent. Nous nous regroupâmes rapidement : une troupe de soldats, des samouraïs, s'étaient massés devant le relais. Alors que nous nous apprêtions à fuir par derrière, un soldat nous ordonna d'une voix forte de sortir et de déposer nos armes : le daymio, un seigneur local, demandait à nous voir.
Passant en revue nos options, nous décidâmes de ne pas poser problème et de voir ce qui nous attendait : le problème pouvait peut-être se résoudre pacifiquement, mais nous étions prêts au cas contraire, et nous sortîmes. Saturnin et Asahina étaient les seuls porteurs d'arme, Saturnin leur confia son épée, une belle épée ouvragée, argentée, mais Asahina refusa. Elle argumenta avec autorité auprès de leur capitaine, en parlant de déshonneur, de rang, si bien qu'il abandonna. Une escorte serrée, nombreuse nous encadrait en nous emmenant vers la demeure du daymio.

Nous traversions une forêt quand le paysage se changea subtilement autour de nous ; l'un de mes compagnons venait de nous faire changer d'ombre. Au début un peu décontenancé, à mesure que les soldats ne reconnaissaient plus le chemin, la panique se répandit parmi eux. Saturnin et Asahina tentèrent de les convaincre d'abandonner leur devoir et de nous laisser partir : ils arriveraient "sans doute" à retrouver leur chemin s'ils acceptaient ; j’en doutais. Nous avions maintenant suffisamment changé d'ombre pour qu'une voiture noire nous attende sur le bord du chemin de terre, un peu plus loin, au-delà de la forêt. Leur manœuvre était habile, mais loin de les convaincre, la troupe cria à la sorcellerie et tous tirèrent leur sabre : et alors que nous étions à l'orée du bois, en vue d'une grande et riche bâtisse du même style architectural que le relais que nous venions de quitter, cela confirma notre situation. Un cavalier venait de là, vers nous.

Seul. A une vitesse étonnante.

Quand il fut assez proche, nous pûmes distinguer un cheval noir imposant, aux yeux rougeoyants, monté par son cavalier portant une armure sombre, lourde, inhabituelle dans cette Ombre, des cheveux rouges et bleus pointaient sous son casque.
Un chaosien. Encore un.

Asahina sortit une mitraillette d’un buisson le long de la route et arrosa les soldats proches ; Saturnin et Herbert les désarmèrent pour récupérer leurs armes et les mettre en fuite. Sansnom poussa un cri strident, puissant, qui eut un effet dévastateur. Le hurlement me décontenança un instant ; une vague de chaleur me monta aux oreilles. De nombreux soldats s’évanouirent ou périrent. Certains fuirent, soumis aux fantaisies de ce conflit qui les dépassait. J’esquivais sans peine les attaques des derniers soldats paniqués et désorganisés, mon attention portée sur le cavalier qui approchait à une vitesse surnaturelle.
Je distinguais les traits sous le casque du cavalier alors qu’il arrivait à quelques dizaines de mètres de nous. Son visage se tordit en une grimace et l’instant d’après un jet de lave déferla vers nous : nous nous jetâmes en-dehors de sa trajectoire mais les soldats, tétanisés, se vaporisèrent, les pierres formant le chemin fondirent au contact de ce matériau en fusion. Lancés dans notre course, Asahina nous dirigea vers la voiture noire épargnée par l’attaque. Herbert fonça à la place du conducteur, et nous filâmes à travers les Ombres, essayant de semer le cavalier. Nous finîmes par le perdre de vue, ralentîmes et continuâmes vers Ambre avec circonspection. Portant la main à ma tempe, je fus surpris de voir du sang à moitié séché ; je l’essuyai discrètement.

Nous nous approchions : à l’horizon, le mont Kolvir se dessinait depuis la mer en une courbe majestueuse bordée d’une forêt dense de part et d’autre ; le château d’Ambre se dressait au sommet tel un joyau, mais un large bras de mer nous séparait de ses côtes. La mer, ou le rivage jusque dans la forêt : Sansnom proposa la ligne droite en prenant la mer ; nous aurions des chances d’être repérés, mais en partant de nuit, la traversée devrait être tranquille. Par les terres, un prince d’Ambre, Julian, gardait la forêt d’Arden, son terrain de chasse. : une flotte de navires naviguait au milieu des eaux. Ambre avait déployé ses forces contre une menace que nous ne voyions pas, et nous ne savions pas comment nous serions accueillis en nous montrant ; étaient-ce des amis ou des ennemis qui nous séparaient de notre but ?

Cela nous coupait la possibilité de la ligne droite… si nous voulions être discrets. Il restait le détour par les terres en traversant la forêt d’Arden. Herbert nous expliqua que Julian, un des princes d’Ambre, gardait la forêt, et que sa maitrise du terrain valait bien la flotte devant nous. Sansnom proposa d'y aller en volant, d’après elle une mouette de très grande taille pourrait tous nous amener de l’autre côté en peu de temps. Nous en discutâmes rapidement : la voie des airs semblait moins dangereuse si nous souhaitions une entrée discrète. Elle se métamorphosa rapidement en un oiseau aux ailes de grande envergure, d’un blanc sale, sur lequel nous grimpâmes à califourchon. Sansnom peina à décoller, c’est à force de coups d’ailes épuisants que nous montâmes à plusieurs dizaines de mètres au-dessus de la mer, planant maintenant à bonne vitesse vers la rive opposée. Si quiconque ne pouvait nous apercevoir juché sur notre monture depuis la mer, un observateur lointain, attentif aurait pu nous repérer depuis Ambre. Je passai en revue nos options : nous pouvions être frappés par un mot de pouvoir ou un sortilège défensif, mais, à cette hauteur, allions éviter les flèches. Dans tous les cas, être repéré signifiait des complications à l’arrivée.
Ce mouvement à l’horizon les annonçait déjà : une formation trop régulière d’oiseaux approchait de nous. Les minutes passèrent et confirmèrent les doutes : sauf qu’il s’agissait d’hommes ailés, armés, et non de créatures volantes, se dirigeant vers nous. Tendus, nous continuâmes dans la même direction ; je ne savais pas comment mes compagnons comptaient réagir : certains étaient concentrés, Sansnom devait sûrement s’apprêter à esquiver une attaque, je devais me préparer. Je visualisai parmi les lieux que je connaissais un port tranquille qui par quelques aspects me faisait penser à cet endroit, une ombre assez proche d’Ambre sûrement. J’étais prêt à agir, alors que les soldats arrivaient à portée de voix.
Ils nous sommèrent de nous poser en désignant les bateaux de la flotte d’Ambre en contrebas. Tout le monde resta silencieux, prêts au combat : mais l’attaque vint du dessus. L’air devint lourd quelques secondes avant qu’un éclair nous frappe : il fut stoppé à quelques mètres de nos têtes et se diffusa autour d’un bouclier à peine visible. Quelqu'un nous protégeait ? L’un d’entre nous ? Cela ne suffirait pas. Nous ne tiendrions pas longtemps face à eux.

L'air scintilla autour de nous alors que je nous emmenai le temps d’un soupir à Kelavee, une ville portuaire d'une Ombre familière qui pourrait nous offrir un peu de répit : nous arrivâmes dans un port marchand au climat doux, peuplée de créatures mythologiques. J'eus une sensation de poids infini sur les épaules : la proximité d'Ambre ne me facilitait pas les choses, le portail m’avait épuisé. Mes compagnons de route le remarquèrent et me ménagèrent sur la suite du voyage. Nos arpenteurs des Ombres nous firent voyager, plus rapidement, moins discrètement à travers les ombres pour prendre les chemins des terres jusqu'à Ambre. Au pied du mont Kolvir, c'est la forêt d'Ambre qui s'étendait devant nous, et ses gardiens, Julian et sa harde, qu’il nous faudrait éviter. Sansnom s’était métamorphosée en cheval cette fois-ci ; je me reposai sur elle, m’attendant à de nouvelles difficultés. On racontait de Julian qu’il était le meilleur chasseur d’Ambre ; que son destrier était une créature monstrueusement rapide qui pouvait traquer sa proie sur des distances énormes ; que si ses yeux rouges intenses se fixaient sur vous, elle fondrait sur vous en un souffle ; que sa harde de loups n’en était pas moins terrible.
Quelques heures après avoir pénétré la forêt, nous sentîmes que la traque avait commencé.
J’avais à peine récupéré, cependant je pensais pouvoir rouvrir un portail si nécessaire : je me concentrai à nouveau sur une destination… vers où ? Pourquoi aller en Ambre semblait si difficile ? Comment le pouvoir avait-t-il changé en Ambre ? Quelles forces étaient à l’œuvre ? Des chaosiens nous recherchent, Ambre était-elle menacée ? divisée ? J'analyse nos possibilités mais je ne vois pas de chemin sûr pour traverser les différents passages : Ambre est sur le qui-vive, cela parait maintenant évident, et nous ne pourrons pas nous y rendre sans échapper aux patrouilles à moins d'une chance inouïe. Si nos agresseurs ont pu tous nous trouver dans nos Ombres, ils pourront nous retrouver n'importe où : la prison d'Ambre semble une alternative sûre... Par rapport aux Cours du Chaos.
Je me concentrai sur une destination – et quand Julian parut devant nous, que les possibilités tournoyaient dans ma tête en un tourbillon désorganisé, qu’il nous encercla avec sa harde, je le saluai et me rendis, en même temps que mes compagnons.
Dernière édition: il y a 3 jours 8 heures par Dzin.
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il y a 2 semaines 1 jour - il y a 2 semaines 16 heures #10869 par Dzin
Dzin a répondu au sujet : La Chronique sans nom
2ème Lame : I.A. - Interrogatoire Ambrien

Frustration. Le Prince Julian nous fait mener dans ses quartiers, clair sur ses intentions : il a reçu des ordres, nous trouver ; il veut des réponses, et nous allons les lui donner. Tous restent évasifs sur leurs origines, se bornent à raconter les quelques instants de leur vie anonyme, avant l’arrivée des chaosiens : tous ont été attaqués par des êtres puissants, tous ont vu Dworkin intervenir en leur faveur. Le point commun à la raison de ces attaques ? Rien ne me vient.
Julian semble autant ennuyé qu’énervé et nous annonce rapidement que c’est à Ambre que nous serons amenés à parler.
Nous sommes escortés sans attendre. Le voyage se fait en silence : Herbert toise nos gardes avec assurance, même Asahina et Saturnin semblent se détendre. Sansnom, comme à son habitude, balaie d’un regard émerveillé ce qui l’entoure. Et à raison, car à mesure que d’Ambre nous approchons, la ville et le château immense nous surplombent de ses tours.

La ville échappe à toute description ; d’ailleurs c’est avec la plus grande fainéantise que je vais porter votre attention sur le mouvement ennuyeux de mes pieds, sur le sol (dirait-on que même ce sol est incroyable, mythique ? qu’à chaque mètre, je foule de mes bottes boueuses l’apothéose de l’architecture de toutes les Ombres réunies ? et que ce n’est qu’un teaser mollasson sorti de la vision d’un réalisateur en overdose d’anxiolytiques ?). Les quelques citoyens d’Ambre que nous croisons évitent de nous regarder et semblent nerveux : au pied du palais, les gardes se font plus nombreux.
Julian nous escorte à l’intérieur. Nous prenons des couloirs secondaires (mais quels couloirs !), les serviteurs y sont.. absents. Les gardes sont rares, peu ont accompagné le Prince ; ils semblent redouter une attaque venant de l’extérieur. La tension se ressent à mesure que nous avançons.
Nous arrivons dans un salon confortable, un homme sort de l’ombre. Mal rasé, une petite couronne négligemment sur la tête, l’air fatigué. Une bouteille de Saint-Emilion dans la main, un joyau autour du cou tel un gros oeuf rougeoyant.
Julian se fait congédier rudement à peine arrivé et sort en claquant la porte. Saturnin chuchote qu’il s’agit du roi d’Ambre, « Random » ; sans préambule, il nous interroge ; la plupart racontent la même histoire, Asahina, Saturnin, moi y compris. Saturnin ajoute qu’il vient d’Erbma et parle de sa mère... J’entends un murmure désapprobateur venant d’Herbert. Le roi Random n’est pas satisfait. S’attendait-il sincèrement à la révélation du siècle ?
Un visiteur fait irruption avant qu’Herbert ait pu commencer son histoire : une femme à la chevelure de feu, un visage doux.. le regard en acier trempé ; une robe de soie verte, des atours de la Cour d’Ambre. Random la salue d’un signe de main las « Fiona, enfin ! Démêle-moi le vrai du faux, leurs cachotteries me fatiguent. » et, en nous regardant : « Elle va lire en vous, ça ne sera plus très long. » Il s’installe nonchalamment sur un fauteuil, les jambes ballantes.

Elle est ici.

Asahina passe en premier, cela dure quelques minutes qui ont l’air éprouvante pour elle. La samouraï reprend vite ses esprits, lui lançant un regard mauvais – a-t-elle violée le moindre de tes souvenirs, Asahina ?
C’est déjà mon tour. Je la fixe dans les yeux et soutins son regard ; je me focalise sur des pensées agréables de mon enfance, érigeant un mur dressé contre elle: elle pose les mains sur ma tête. La tension se fait forte, oppressante, insoutenable, un temps infini passe alors que ma tête est passée au karscher, incapable de dire si le mur a résisté ou si j'ai été emporté par les flots. Elle sort enfin de ma tête. Le salon, tout le monde tangue autour de moi, Fiona s’éloignant, glissant hors de mon champ de vision pendant que je peine à reprendre mes esprits.
Sansnom parlemente avec Fiona et Random, sans succès ; enfin si : Fiona nous parle des attaques récentes au palais. Saturnin argumente que nous ne pouvons en être responsables : par où commencer ? nous avons déjà eu beaucoup de mal à nous rendre en Ambre. Fiona ajoute que les attaques ont été coordonnées sur la Marelle d’Ambre, par des doubles de certains d’entre nous. Concluant que tout le monde est fatigué, elle nous fait conduire dans notre suite. Herbert nous fait un clin d’œil : il a été épargné par l’interrogatoire. ^$ù* de chanceux.
Au milieu de la nuit, un serviteur me transmet un message de [...] me conseille de m’enfuir si les choses se gâtent.
Nous nous réveillons. Saturnin avait reçu un mot, au contenu inconnu. Herbert nous dit qu’il a reçu la visite d’un ami, et que nous devons trouver le fou du Roi : un homme aux cheveux grisonnants, qui n’a pas sa langue dans sa poche ; bon politicien, tacticien, espion, mais peu de monde le connait intimement ou connait son vrai nom. Il s’est enfui, ou a disparu en tout cas après avoir révélé que Merlin est devenu roi des cours du Chaos. Les marelles auraient été modifiées pour changer la réalité.. quoi ? comment ? L’identité du roi du Chaos, ou le souvenir de son identité, a été changé, et le fou pourrait donner des indices sur la situation.
Saturnin connait les cours d’Erbma. Il propose de se fier à ses souvenirs du palais d’Erbma, reflet d’Ambre, pour trouver les quartiers du fou. En parcourant les couloirs, nous croisons une servante, que nous persuadons de nous emmener aux quartiers du fou. Ils sont dans une petite annexe de la salle du trône, pour éviter les gardes nous lui demandons de nous y emmener par un chemin dérobé : elle accepte et nous y emmène.
Dans les quartiers, nous constatons que son bureau a été vidé. Il reste dessus un pot de fleur, les feuilles artistiquement organisées en quelques mots « fuck off ». Rien dans les pots. La servante nous dit qu’il aimait passer du temps dans certaines tavernes, en particulier « La clenche ». Nous nous y rendons en nous faufilant (facilement vu le manque de gardes) en-dehors du palais, puis courons vers la destination. La nuit est bien avancée quand nous partons, nous arrivons peu avant l’aube.
Le tavernier, après quelques négociations (Saturnin lui a donné une épée magnifique et une petite bourse d’or) nous annonce que le Fou a rejoint « Le baron Latray » avec un ami dont nous n’avons pas la description. Il avait une deuxième information qu’il a refusé de nous donner sans argent. Il révèle tout de même que d’autres personnes ont payé bien plus cher pour les mêmes informations. Ils ne nous ressemblaient pas, ajoute-t-il suite à notre demande. Nous prenons congé.
Les cloches d’Ambre se mettent à sonner. Sûrement une alarme venant du palais ! Asahina nous amène 3 chevaux, et nous allons au galop à la demeure du baron Latray, qui est aux abords de la ville d’Ambre. Asahina reste en arrière pour nous couvrir, Sansnom se métamorphose en cheval et je monte dessus, nous ouvrons la marche. Nous demandons notre chemin, et après 4 heures de chevauchée, nous arrivons aux abords d’un petit château de campagne.
Deux gardes flegmatiques à l’entrée nous arrêtent et nous demandent ce que nous venons faire ici. Saturnin lance une histoire d’achats de vin pour une fête à Ambre, un domestique vient nous proposer un rendez-vous dans une semaine. J’insiste pour le voir dès maintenant pour une discussion rapide ; après 1h10 d’attente, le baron lui-même vient nous rencontrer. Nous lui disons notre véritable objectif, et il dit ne rien savoir d’autre de ce fou que ce que tout le monde sait de lui. Herbert semble avoir une illumination et lâche un « Sammy le Sanglant, c’est évident ! » en quittant le lieu, assez fort pour que les gardes l’entendent.
Herbert nous explique son idée : il a entendu le Fou raconter une histoire de conflit entre fournisseurs de vin quand il était petit, cela l’avait marqué pour une raison qui lui échappe ; il en vient à sa conclusion : peut-être que le Fou voulait nous envoyer vers son concurrent. Herbert se souvient avec nostalgie qu’elle mentionnait aussi le roi des cours du Chaos, Merlin, et d’autres choses, mais il ne se souvient pas de tous les détails. Il ne semble pas frustré mais excité à l’idée qu’il ait pu décoder un indice laissé à l’intention de ceux qui voudraient le suivre.
Nous décidons d’aller vers le château du Duc : nous passons en-dehors des routes, prenons une nuit complète de sommeil et continuons le chemin, pendant près de 3 jours. Nous arrivons crottés au château du Duc. Herbert nous présente, nous sommes là pour parler au fou du Roi. Les gardes ne sont pas très coopératifs, ils envoient l’un d’entre eux parler au chambellan, et recevons la réponse une demi-heure plus tard : le chambellan sera peut-être disponible en fin de journée seulement, nous décidons d’attendre.
Herbert se met à discuter de choses inintéressantes avec les gardes, et, étrangement, sympathise avec eux. Saturnin vient nous avertir après plus d’une heure d’attente qu’un carrosse accompagné de 6 cavaliers arrive au galop vers le château : nous prenons congé des gardes et partons.
Dernière édition: il y a 2 semaines 16 heures par Dzin.
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