Topic-icon Scénario : La menace intérieure

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il y a 6 ans 1 mois #3705 par Masamune
Masamune a créé le sujet : Scénario : La menace intérieure
Je vais poster ici le récit du premier scénar de L5A qui a vu la rencontre des persos de Samael, Max666 et de moi-même.

Si vous avez des suggestions, critiques ou autres cris d'extases quant à cette histoire, faites un sujet à part pour pas spammer mes posts ;)

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il y a 6 ans 1 mois - il y a 6 ans 4 semaines #3706 par Masamune
Masamune a répondu au sujet : Re: Scénario : La menace intérieure
CHAPITRE 1 : La patrouille

Le cheval piaffa en frappant le sol du sabot et s'ébroua, signifiant ainsi son impatience. Sa cavalière lui flatta l'encolure pour le calmer, et observa encore quelques instants la plaine qui s'étendait en contrebas. Puis elle se redressa sur sa selle, fit volte face et descendit la colline au galop, lâchant la bride à sa jument.
Le pauvre animal souffrait de l'inaction autant qu'elle : depuis quelques semaines à présent, elle servait de guide à une Magistrat d'Émeraude de la Grue. Cette dernière affichait la distance hautaine de son Clan, et elle avait eu l'idée saugrenue de réunir autour d'elle une escorte composée de Clans différents. La jeune Vierge de Bataille du Clan de la Licorne devait donc composer avec cette femme aux cheveux décolorés, un Bushi du Clan du Crabe taciturne et bourru, et pire encore, avec un Moine du Clan du Dragon.
Bien qu'il ne lui appartienne pas de se prononcer sur les choix de sa supérieure, elle doutait de l'utilité quelconque de cet homme en leur sein. Kimiko s'acquitait donc de sa tâche d'éclaireur qui s'avérait d'une monotonie affligeante. L'inspection de routine les avait mené dans les terres du Clan du Crabe, et la jeune Bushi avait eu la sagesse de ne pas se laisser gagner par la lassitude du voyage, ce qui n'empêchait pas de voir les journées se succéder sans incident.
Cependant, au cours de l'une de ses patrouilles, qui lui servaient sourtout de prétexte pour faire galoper sa monture qui peinait à suivre le rythme lent des poneys de ses compagnons, elle avait repéré une file de gens se dirigeant dans leur direction, et elle était sur le retour afin de faire son compte-rendu. Sa vue perçante trouva bientôt le kimono bleu surmonté par la chevelure blanche battant au vent telle un oriflamme, suivi des deux silhouettes de ses compagnons masculins. Arrivée à leur hauteur, elle tira sur les rênes afin de ralentir la course de son destrier, et arriva au trot devant la Magistrat d'Émeraude.

« Asahina Sama, j'ai repéré à quelques lieues un mouvement d'hommes en notre direction. Ils devraient être sur nous dans une heure. »

Asahina Shiohin, la haute fonctionnaire commanditaire de cette expédition fronça les sourcils.

« Amis ou ennemis, Utaku San ?
- Je dirais amis, Asahina Sama... Ils ne sont pas assez nombreux pour une armée et ne disposent pas de toute façon des chariots accompagnant une levée de troupes. De plus, ils avancent à découvert et se déplacent trop bruyamment pour être des éclaireurs.
- Merci pour votre rapport Utaku San. Partez en tête afin de déterminer leur nature le plus vite possible. Hida San assurera ma proctection pendant ce temps.
- Hoy ! »
acquiesça la Vierge de Bataille en faisant volter sa jument qui se cabra en hennissant avant de s'éloigner dans un nuage de poussière.

Hida Dasan, le Bushi du Clan du Crabe assigné à la protection de la Shugenja de la Grue hocha sobrement de la tête pour signifier qu'il avait entendu les ordres.
Ils chevauchèrent à petite allure sans incident, quand un bruit sourd et régulier leur apprit le retour de Kimiko. La main de Dasan se rapprocha de la garde de son katana.

« Il sera inutile de tirer nos lames Hida San. Ce sont des paysans exilés qui font route vers nous.
- Que fuient-ils ? »
s'enquit le Moine derrière la Magistrat. La Licorne foudroya le Dragon du regard, puis reporta son attention sur la mage.
« Je n'ai pas pris contact avec eux, car les voilà qui arrivent », dit-elle en pointant le doigt vers le chemin qui tournait à l'est derrière un mouvement de terrain. En plissant les yeux, Shiohin put apercevoir des silhouettes avancer vers eux.

« Continuons ! », décréta-t'elle, « c'est notre route de toute façon... »

Le petit détachement de samuraïs reprit sa route et fut bientôt à la hauteur des fuyards, qui, lorsqu'ils reconnurent un Magistrat d'Émeraude, se mirent à plat ventre en signe de respect à la vitesse d'une traînée de poudre. La prêtresse de la famille Asahina s'approcha de ce qui semblait être le chef des heimins, elle en apprit bien vite l'histoire de ces paysans qui dûrent fuir précipitamment leur village à la suite d'une attaque surprise de gobelins. Ces villageois faisaient route vers la forteresse du Daimyo en quête de protection, et se sont malheureusement enfuis trop vite pour renseigner la Magistrat sur le nombre de leurs assaillants. Ayant reçu l'autorisation de se remettre en route, la colonne s'ébranla à nouveau, mais à un rythme d'une lenteur effrayante car chacun d'eux s'inclinait en signe de respect devant l'escorte.
Sans dire un mot, Shiohin remonta la piste en direction du village, qu'ils atteignirent assez rapidement. Une reconnaissance rapide de Kimiko leur apprit que les troupes de l'Outremonde avaient quitté les lieux. En s'approchant du village désert, les deux Bushis remarquèrent d'emblée qu'il n'avait ni été brûlé, ni été mis à sac comme il est de coutume lors des attaques gobelines. Les talents de pisteur de la Licorne associés aux connaissances des créatures de l'Outremonde du Crabe permirent de déterminer la stratégie ennemie : cette attaque était le fait d'une troupe de fourrageurs, envoyés pour récupérer des vivres. Cette stratégie présente le double avantage d'affaiblir les ennemis en renforçant les provisions de l'armée. De plus, avec les villageois en fuite, le Daimyo devra composer avec la panique des civils.
En s'éloignant du village, Kimiko repéra des traces de chariots s'éloignant en direction d'un autre village. Dasan émit alors la proposition d'envoyer la Vierge de Bataille prévenir les villageois de l'attaque imminente, mais celle-ci ne l'entendait pas de cette oreille :

« Vous êtes en train de me demander de traverser les lignes ennemies pour aller prévenir une poignée d'heimins ? s'offusqua-t'elle
- Ces gens sont de mon Clan, il est de mon devoir d'assurer leur protection !
- So ka ! Chevauchez vous-même alors, ils sont partis dans cette direction...
dit-elle en pointant du doigt l'horizon. Mais n'espérez pas de ma part une quelconque action !
- C'est vous la plus rapide de nous tous, vous seule avez une chance de les prévenir à temps
- Nous venons de croiser un village de vos gens qui avaient fui, et si les heimins du prochain village ont une once de bon sens, ils feront de même et je ne vois pas en quoi affronter seule une armée pour leur dire de faire quelque chose qu'ils feront de toute façon est utile et nécessaire... »


La tension montait entre les deux Bushis, et Shiohin soupira avant de couper court à toute discussion.

« Utaku San a raison, les heimins ne sont pas notre priorité... Par contre, si quelqu'un devait être informé dans les meilleurs délais d'une armée en marche, c'est bien le Daimyo. Utaku San, comme l'a dit Hida San, vous êtes la plus à même d'apporter la lettre que je vais vous rédiger à la forteresse du Daimyo. Agissez avec célérité, et nous vous rejoindrons plus tard.
- Hoy ! Vous devriez passer les portes de la forteresse à la tombée de la nuit. Si tel n'est pas le cas, je viendrai vous chercher »


Kimiko rangea dans ses selles la missive de la Magistrat, et adressa un regard noir au Bushi du Crabe avant de s'éloigner en direction de la forteresse du Daimyo. Sur le chemin, elle dut dépasser de nombreuses files de villageois ayant souffert des attaques de fourrageurs, et certains tardant à s'écarter ou à s'incliner reçurent un coup de botte de la cavalière. En fin d'après-midi, les murailles de la forteresse du Crabe étaient en vue, ainsi que la population de heimins qui s'agglutinaient autour des portes afin de bénéficier de la protection de leur Daimyo.
Kimiko dut se frayer un passage dans la colonne humaine, écartant sans pitié les pauvres hères sur son passage. Elle fut bientôt dans l'enceinte et héla un des Bushis de faction pour demander audience auprès du Daimyo sur ordre de la Magistrat d'Émeraude. Elle fut introduite immédiatement auprès du commandant de la citadelle, à qui elle remis le parchemin de Shiohin. Son attitude contrastait fortement avec celle qu'elle usait auprès des heimins et de ses collègues de rang inférieur, et elle était très mal à l'aise en présence du Daimyo. Ce dernier la congédia bien vite, et elle alla s'occuper de Sakura Uma, sa jument, en attendant que la délégation de la Magistrat Asahina arrive. Comme elle l'avait prévu, leurs chevaux furent visibles au coucher du soleil.

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Dernière édition: il y a 6 ans 4 semaines par Masamune.

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il y a 6 ans 1 mois - il y a 6 ans 1 mois #3726 par Masamune
Masamune a répondu au sujet : Re: Scénario : La menace intérieure
Chapitre 2 : Le siège

Accoudée à une fenêtre du donjon, le menton au creux de sa main, Kimiko regardait d'un air morose la masse grouillante de gobelins se fracasser contre les murs du fortin comme de l'eau sur un rocher. Evaluant rapidement la situation, elle estima que la bataille était en faveur des Rokugani, et se déroulait bien.
Des gémissements derrière elle, filtrant de l'étage inférieur par les escaliers, lui fit réviser son jugement. La bataille se déroulait POUR UNE FOIS favorablement... Elle écrasa son poing sur le rebord de pierre, libérant à la fois sa colère et des élancements dans tout son corps. Elle serra les dents pour faire refluer la douleur qui l'accablait depuis la veille, et ce, malgré la magie réparatrice de Shiohin. Sans la Magistrat d'Émeraude, elle ne serait certainement plus de ce monde...
Reportant son attention sur ce troisième jour de combats, elle laissa son esprit vagabonder et revenir sur le soir de leur arrivée. La Shugenja de la Grue avait été reçue immédiatement par le Daimyo, et elle s'était portée, ainsi que son escorte, au nombre des combattants pour la bataille à venir. Cependant, après quelques heures de quartier libre, le Moine avait réussi à convaincre une poignée d'heimins de voyager vers le nord pour y trouver de meilleures conditions de vie. Il vint trouver la jeune femme aux cheveux blancs pour lui demander la permission d'accompagner les paysans afin d'assurer leur protection. Elle accepta d'un haussement d'épaules indifférent, et le Dragon disparut sans que nul ne le revit. Kimiko et Dasan, ne consiérant pas ce départ comme une perte, se gardèrent bien d'intervenir.
A l'aube du jour suivant leur arrivée, l'armée de siège de l'Outremonde campait déjà devant les murs du bastion. Tous les Bushis s'affairaient à préparer armes et provisions, à cantonner les civils et à former les unités.
A Kimiko échut le commandement des archers, tandis que Dasan prenait la tête des forces armées du flanc ouest. Shiohin, quant à elle, avait décidé de rester en arrière aux côtés du Daimyo, ce dont Kimiko lui était gré. Le tocsin ennemi sonna en début d'après-midi, tétanisant les heimins regroupés dans la cour intérieure. En discutant avec hommes, la Vierge de Bataille avait appris que ce genre de siège était relativement courant, et que la place forte avait brisé des oppositions plus impressionnantes que celle qui venait de se mettre en marche. Rassurée, elle observait l'armée avancer, calculant le moment où les premiers seraient à portée de flèches. Elle donna enfin l'ordre de tirer, et son projectile fit la première victime de la journée. Le corps n'était pas tombé qu'une deuxième flèche était déjà encochée sur la corde encore vibrante.
De nombreuses volées furent tirées, et la pluie mortelle préleva un lourd tribut, mais qui fit l'effet d'une goutte enlevée dans la mer tant les gobelins étaient nombreux. La clameur immonde des créatures devenait insoutenable, et les défenseurs avaient fort à faire pour décrocher les grappins et déséquilibrer les échelles. Dasan donnait ses ordres avec efficacité, mais Kimiko se trouvait trop loin de lui pour juger de son commandement.
L'un comme l'autre étaient peu familier des sièges, aussi ne leur parut-il pas étrange de ne pas entendre le rythme régulier du bélier contre les portes. Un des Bushis aux côté de Kimiko lui fit la remarque, mais ne put jamais terminer sa phrase car il fut interrompu par un concert de cris mélés de surprise et de panique. Se retournant brusquement pour déterminer la source de ce tumulte, la jeune Licorne vit que la ligne centrale avait été enfoncée par les hordes gobelines qui envahissaient l'enceinte externe comme une coulée de boue infâme.
Les commandants ramenèrent vite l'ordre dans les rangs, mais malgré cela, le mal était fait et la perçée avait été dévastatrice. Kimiko rageait car les corps à corps mélaient les deux factions et un ordre de tir aurait scellé le destin de trop de Crabes. Remettant sa flèche au carquois et son arc en bandoulière, elle dégaina son daisho dans un mouvement fluide accompagné d'une note métallique, et ordonna à ses hommes de la suivre katana au clair. Elle projetait de couper les assaillants du reste des troupes le temps que les Bushis referment les portes.
Lors de son assaut, la jeune femme fut défiée par un chef ennemi en quête de gloire. Mal lui en prit, car la Licorne, insaisissable comme l'eau, l'entaillait à chaque riposte sans que lui-même ne lui inflige le moindre dégât sérieux. Le commandant finit empalé sur la lame effilée de l'épée de la Vierge de Bataille qui se dégagea en repoussant du pied le corps qui s'affala en arrière. Prenant la mesure de la situation, elle vit que sa victoire avait gonflé le moral des assiégés autour d'elle, et elle cria quelques ordres et autant d'encouragements pour les inciter à redoubler d'efforts. Bien que Kimiko l'ait perdu de vue, Dasan, de son côté, tenait la dragée haute aux envahisseurs et fit honneur à son Clan en terrassant simultanément deux robustes adversaires d'un puissant coup de tetsubo bien placé qui éclata les deux crânes l'un contre l'autre.
Shiohin observait tout cela aux côtés du Daimyo qui observait un visage serein que la Grue savait feint. Il suffisait de voir les articulations blanchies des mains crispées du noble pour comprendre que la situation dégénérait. De son poste, la Magistrat constata avec satisfaction que ses deux gardes du corps ne se reposaient pas sur leurs victoires, et que chacun d'eux était entouré d'un cercle de cadavres qui ne cessait de grossir. Elle nota d'emblée la différence de style entre ces deux combattants : la puissance féroce de l'homme contre la danse fine et mortelle de la Vierge de Bataille. Shiohin se fit la remarque qu'elle n'avait jamais vu sa compagne de voyage démériter avec aucune arme. Une idée lui vint soudain qui éclaira son visage d'un sourire satisfait.
Le fil de ses pensées fut interrompu par une clameur soudaine, car les Crabes avaient enfin réussi à refermer les lourdes portes. Ces cris de joie sonnèrent le glas des assaillants qui, coupés du reste de l'armée gobeline et cernés de toutes parts, n'opposèrent guère de résistance. Les guetteurs sur les tours annoncèrent la retraite des forces de l'Outremonde et leurs rapports furent accompagnés des hurlements de victoire des survivants. Mais bientôt un silence morose teinté de respect tomba sur la citadelle. Bien trop avaient péri pour un siège aussi banal. La mort dans l'âme, Kimiko donna l'ordre qui lui coûtait le plus :

« Coupez-leur la tête et rassemblez-les pour le bûcher... »

Puis elle s'en retourna pour rejoindre la Magistrat Asahina. Sur le chemin, d'un geste large, net et précis, elle fit glisser le sang qui maculait ses lames, et les remit au fourreau dans le même mouvement. Elle rejoignit bientôt les officiels, et fut rattrapée sur la route par Dasan qui hocha sobrement la tête quand il fut à sa hauteur. Son visage et son armure bleu nuit étaient poisseux du sang noir des gobelins, et son tetsubo ruisselait encore, accroché dans son dos. La jeune femme réprima un sourire, mais elle était contente de le voir en vie. Non pas qu'elle l'apprécia, mais il est toujours dommageable de perdre de bons éléments dans une guerre. Les différents commandants furent bientôt réunis pour une réunion qui expliquerait la débandade de la journée. Le meneur de la ligne centrale avoua alors sa faute : alors que lui et sa troupe étaient devant les portes, ils virent un heimin commencer à actionner les roues qui ouvrent les portes. Il fut appréhendé et tué, mais il avait suffisamment oeuvré pour qu'une bande de gobelins passe à travers l'ouverture crée et termine le travail. Le Bushi précisa que l'homme abattu avait été identifié comme un membre de la tristement célèbre Légion de Daigotsu. Il tendit enfin son wakizashi à son seigneur afin d'expier sa faute dans l'honneur, mais le Daimyo refusa son sacrifice.

« Votre honneur n'est pas atteint... Cette Légion est connue pour ses agissements vils et un tel sabotage commis par un de leur membre est difficilement décelable... Néanmoins, je ne peux vous laisser le commandement d'une unité dans ces circonstances et je désignerai tantôt votre successeur... »

Le Bushi accusa le coup dans broncher, et Kimiko se dit qu'il avait eu de la chance. Elle avait réprimé un haussement de sourcil en entendant la clémence du seigneur du fort, car la faute du Crabe avait mené à la perte de beaucoup d'hommes. Dehors, le soir tombait, mais pourtant la lumière ne déclinait pas grâce aux immenses flammes qui emportaient dans une fumée noire et nauséabonde les cendres de ceux qui n'avaient pas eu les kamis près d'eux en ce jour. Le Daimyo congédia ensuite son entourage et s'enferma dans ses appartements. La Magistrat d'Émeraude félicita sobrement ses gardes du corps, et leur laissa quartier libre pour la soirée. Prenant congé de sa supérieure dans une révérence, la Licorne alla prendre un bain et enfiler un kimono, puis rejoignit ses compagnons de bataille afin de partager le saké en l'honneur des disparus.

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il y a 6 ans 1 mois - il y a 5 ans 10 mois #3731 par Masamune
Masamune a répondu au sujet : Re: Scénario : La menace intérieure
Le soleil se leva trop tôt au goût de Kimiko. La nuit fut courte et la soirée arrosée, aussi la Licorne s'assit-elle sur son futon la bouche pâteuse et l'esprit embrumé. Elle se frotta le visage pour chasser le reste de sommeil et alla tirer la cloison de papier de riz derrière laquelle avait été posée la collation matinale. L'estomac barbouillé, elle se contenta d'un ou deux makis et de quelques tranches de tofu, le tout noyé dans du thé à la menthe pour se donner des forces. Elle entreprit ensuite de nettoyer et de lustrer son armure, d'en vérifier les sangles, puis de huiler ses lames et la corde de son arc avant de polir ce dernier. Elle tendit la corde et la fit vibrer, appréciant la note sourde d'un air satisfait. Enfin, elle s'équipa pour la bataille à venir et sortit de sa chambre pour rejoindre celle de sa protégée. Entendant du bruit à l'intérieur, elle déduisit que Shiohin était toujours en train de se préparer. Elle patienta donc devant la porte, adossée au mur les bras croisés en attendant la Magistrat, mais l'attente se fit longue et elle en profita pour ajuster le peigne qui réhaussait sa chevelure à une longueur raisonnable.
Elle n'avait jamais aimé les coiffures élaborées et se contentait d'un chignon qui lui remontait les pointes au milieu du dos. Elle appréciait de les sentir voler au vent quand elle chevauchait, se déployant derrière elle comme une aile de corbeau. Un bruit dans le couloir attira son attention, et elle tourna la tête pour voir une silhouette massive se diriger vers elle d'un pas lourd. Elle reconnut la démarche de Dasan et elle attendit qu'il arrive à sa hauteur.

« Konichiwa, Hida San » , salua la Vierge de Bataille. Le Crabe répondit à cet accueil par un hochement de tête à son adresse, et Kimiko se demanda une fois de plus si elle entendrait la voix du Bushi avant que les kamis l'emportent.
La cloison s'ouvrit pour faire apparaître la Shugenja, en kimono de soie bleue qui faisait ressortir le blanc immaculé de sa fine chevelure. Les deux Bushis s'inclinèrent de concert pour saluer la Magistrat.

« Konichiwa, Asahina Sama », salua Kimiko tandis que Dasan restait une fois de plus coi.
« Konichiwa, Utaku San et Hida San » répondit la Grue, ne relevant pas par habitude l'économie de mots du guerrier. « Nous sommes convoqués par le Daimyo afin de discuter de la stratégie de ce jour », ajouta-t'elle tout en commençant à se diriger vers la salle de commandement, son escorte sur les talons.
Le seigneur du fort avait décidé d'une nouvelle approche après les pertes élevées de la veille, et il avait projeté de porter le combat chez l'ennemi. Ses hommes avaient soif de vengeance et cette manoeuvre offensive canaliserait leur volonté et les rendrait plus obéissants. En chef avisé, il savait qu'une seule attaque frontale relevait du suicide, et il avait convenu avec ses généraux de former une unité de cavalerie qui sortirait par le mur est de la forteresse et prendrait l'ennemi de flanc. Les gobelins ne disposant pas de montures, ils avaient de bonnes chances de n'être pas soutenus et de subir beaucoup de pertes. La stratégie fut entendue ainsi, et Kimiko avait beaucoup de mal à rester impassible depuis qu'elle avait entendu les mots « charge de cavalerie ». Elle espérait que Shiohin la recommande, mais elle n'eut pas besoin de le faire car le Daimyo se tourna vers la garde du corps :

« Utaku San, votre commandement d'hier était tout à fait valable. Voudriez-vous prendre en charge l'unité montée ? La réputation du Clan de la Licorne, et des Vierges de Bataille en particulier, en matière équestre n'est plus à faire et mes hommes sont bien disposés à votre égard. Ils vous obéiront sans poser de questions. »

La jeune femme s'inclina jusqu'à ce que son front touche terre d'enthousiasme, et accepta d'un « Hoy ! » vibrant de gratitude. Dasan reçut la même unité que la veille et serait déployé avec sa troupe sur le flanc est, non loin de la cavalerie prête à jaillir des portes. Shiohin demanda, contrairement à la veille, à être portée sur la ligne de soutien. Le Daimyo accepta, et lui précisa qu'une deuxième escorte multiclanique, composée de deux Bushis, l'un du Clan du Lion, l'autre du Phoenix, assurerait la protection des mages. Sur ces dernières indications, le seigneur congédia ses généraux, et Kimiko raccompagna la Magistrat dans ses appartements le sourire aux lèvres.
Ils mangèrent ensemble, les deux femmes s'échangeant des banalités que l'homme ne se sentait pas de relever, préférant manger. Il engloutit à lui seul une bonne moitié du repas, puis ils prirent congé de la magicienne pour aller se préparer pour la bataille imminente. Kimiko fit promettre à Shiohin d'être prudente et s'éloigna dans les couloirs d'une démarche souple. Elle se rendit aux écuries, sella Sakura Uma et vérifia ses fers, puis elle fit le tour de ses compagnons d'arme du jour. Elle eut la satisfaction de voir qu'ils savaient ce qu'ils faisaient et se garda de leur faire des remarques mineures pour ménager leur susceptibilité. Elle s'arma de son arc et de son daisho, et enfila son iari derrière sa selle. Puis elle prit sa jument par la bride et la guida à travers l'effervescence qui régnait dans la cour. L'animal, habitué aux combats, ne renâcla pas et se laissa docilement conduire par sa maîtresse. Arrivée devant l'entrée est, elle salua d'un signe de tête les gardes qui leur ouvriraient les portes sous peu. La Vierge de Bataille monta lestement en selle et assura son assise dans les étriers. Elle soupira d'aise, comme lorsqu'on rentre à la maison après une longue absence. Elle ferma les yeux et laissa le soleil baigner son visage. Derrière elle, le bruit des sabots et les hennissements sporadiques des poneys lui indiquait que ses hommes se rassemblaient.
Soudain, elle entendit qu'on l'interpellait, et elle ouvrit les yeux pour chercher du regard d'où venait la voix. Sur un chemin de ronde non loin, son lieutenant de la veille en charge des archers à présent, lui faisait de grands signes d'encouragements. Elle lui répondit en souriant puis, reportant son attention sur les portes devant elle, leva le bras bien haut afin que la cavalerie se tint prête. Jetant un coup d'oeil par dessus son épaule, elle s'étonna une fois de plus de la réticence de ses concitoyens à user de pur sangs au profit de poneys bas de garrot.
Pour la deuxième fois, les cornes ennemies lancèrent leur note grave, et le bruit sourd recommença à rouler tandis que le siège reprennait. Sakura Uma piaffa et s'ébroua en tapant le sol du sabot, comprenant aux vibrations du sol que la bataille débutait. Kimiko lui flatta l'encolure, non pour rassurer la jument, mais pour souhaiter bonne chance à sa plus fidèle compagne. La cavalerie devait attendre que l'armée se soit massée le long des remparts pour couper un chemin de retraite aux gobelins, aussi la jeune femme retardait l'ordre d'attaque, malgré son impatience tout aussi grande que celle de ses collègues. Les premiers coups de bélier retentirent contre la porte principale, qui avait été renforçée depuis la veille, et Kimiko fit signe aux portiers d'ouvrir les portes. Elle se tourna à moitié sur sa selle en levant le bras pour attirer l'attention de tout le monde, et s'apprêta à le baisser pour donner le signal de la charge.
Au moment où son bras se baissait, une énorme explosion secoua les fondations même de la forteresse, et une ombre immense recouvrit les cavaliers. Levant les yeux, la Vierge de Bataille vit le mur d'enceinte au-dessus d'elle se précipiter à sa rencontre. Les premiers blocs de pierres tombaient autour d'elle, et les poneys se cabraient en hennissant de frayeur, désarçonnant les cavaliers trop surpris pour maîtriser leurs montures. L'affolement de ses congénères gagna la jument noire qui se cabra, leur sauvant ainsi la vie, car un moellon tomba à l'emplacement de ses pattes antérieures. Kimiko s'accrocha aux rênes avec l'énergie du désespoir, mais malgré sa compétence et sa selle de combat, elle vida les étriers et aterrit lourdement au sol, récoltant quelques méchantes contusions. La jument s'enfuit hors de portée des morceaux de muraille qui pleuvaient, mais attendit sa maîtresse non loin, comme elle avait été dressée à le faire. Malheureusement pour cette dernière, elle ne put se réfugier hors d'atteinte des rochers, et elle se fit broyer les jambes par une pierre de taille. Coinçée, suffoquant sous la douleur et paniquée, la jeune femme tentait vainement de repousser de ses jambes le bloc qui la faisait atrocement souffrir. Elle entendait à la limite de sa conscience les hurlements stridents des gobelins qui cheminaient vers la brèche, et les cris des commandants pour repositionner les troupes face à cette nouvelle menace. Elle n'aurait su dire si sa vue brouillée venait de la douleur ou de la fumée des explosifs. Combien de temps s'écoula ainsi, sans qu'elle put rien faire pour se sortir de cette situation?
La fumée se dissipait, et le soleil réapparut, agressant ses yeux. Accoudée sur un bras, haletante et le visage couvert de sueur, elle mobilisait toutes ses forces pour ne pas s'évanouir. Fermant les yeux quelques instants, elle perçut derrière ses paupières un changement de luminosité. Les ouvrant, elle vit campée devant elle une silhouette massive et noire dans le contrejour qui emplissait son champ de vision. Immobile, il semblait sonder les tréfonds de son âme.

« Je suis venu pour vous... » déclara l'apparition. Kimiko frissonna quand elle entendit cette voix grave et éraillée, roulant dans la gorge comme des cailloux dans une pente. La jeune femme tenta de repérer une arme quelconque, quelque chose qui lui permettrait de se défendre et de périr honorablement, mais rien ne se présenta.

« Finissons-en Akuma... » pensa-t'elle en fermant les yeux et en posant la tête sur le sol en soupirant. Vaincue, elle se détendit et attendit que le démon achève son corps et prenne son âme.

Elle eut encore conscience d'entendre le bruit de son crâne éclaté et des humeurs giclant, mais elle sursauta quand une masse molle s'affala en travers de son corps. Elle ouvrit les yeux pour la seconde fois, étonnée d'être en vie, et les baissa sur sa poitrine pour y trouver un gobelin au front défonçé. La bouche ouverte de stupeur, elle regarda à gauche et à droite, et vit très près d'elle une paire de bottes couleur bleu nuit, en position de défense. Repoussant le cadavre, elle se releva sur un coude et observa attentivement la situation. Dasan la dominait de toute sa taille, rempart inébranlable entre les gobelins et la cible facile qu'elle faisait. Le tetsubo volait dans les air comme une hélice mortelle, et créait autour des deux samuraïs une zone franche dans laquelle aucun être vivant à part eux ne se trouvait. Entre deux attaques, elle remarquait sa poitrine qui se soulevait rapidement, signe qu'il fatiguait, mais pourtant, sa vigueur ne faiblissait pas et nombre d'ennemis le pensant à bout de force payèrent cette erreur d'appréciation de leur vie. A un moment, le Crabe se tourna face à elle, et de sa position, elle vit l'espace d'un instant la cicatrice qu'il portait à la gorge, balafre blanche sur la peau brune, qui disparut aussi vite qu'elle apparut sous un renfort d'armure.
Kimiko perdit toute notion du temps, et c'est à peine si elle remarqua les efforts des défenseurs pour l'extraire de sous le rocher. Les jambes inertes, elle se fit porter par deux Bushis vers l'endroit où les blessés étaient soignés. Outre ses jambes brisées, elle souffrait de l'une ou l'autre fracture au bras, et c'était un miracle de la voir en vie et consciente. Dans un effort de volonté, elle leva les yeux vers Dasan qui marchait à côté d'eux.

« Aligato, Hida San... » articula-t'elle d'une voix faible. Le Crabe répondit comme à l'accoutumée par un hochement de tête.

Shiohin se porta à leur rencontre et ses yeux s'agrandirent d'effroi quand elle vit l'état de sa garde du corps. Bien qu'elle-même épuisée, elle entra en communion avec les kamis qui lui donnèrent la force de lancer un sort de soins sur l'infortunée Licorne. Aussitôt, cette dernière sentit en elle un bien-être intense, un sentiment de paix qui la fit soupirer d'aise. Sans que cela soit douloureux, elle sentit en elle les os reprendre leur place, se reformer et se ressouder, les muscles reprendre leur fermeté. Elle fut en mesure de se tenir debout et s'inclina très bas pour remercier la Magistrat.

« Aligato, Asahina Sama ! »

Il lui restait quelques contusions qui guériraient naturellement, et elle voyait bien le regard las de la Grue, bien que celle-ci lui sourit pour la rassurer. Kimiko avait raté la bataille, et elle n'avait pu admirer la force de caractère de sa supérieure, qui avait participé à l'effort de guerre avec brio, s'autorisant même à occire en combat singulier un chaman gobelin par une Frappe de Jade bien placée.
Les hommes du Crabe s'attelaient déjà à rassembler les moellons et blocs afin de faire un colmatage de fortune de la brèche ouverte par les explosifs. Shiohin regardait d'un air sombre ce trou béant qui témoignait à la fois de leur échec et de la présence d'autres membres de la Légion de Daigotsu. Le Daimyo réunit une nouvelle fois les personnalités de la forteresse pour évoquer l'échec de leur manoeuvre. Shiohin proposa son aide pour débusquer les traîtres, et le Daimyo lui accorda le soutien des deux Bushis qui l'avaient protégé tantôt. Bien que la Shugenja ait décidé de mener l'enquête, elle avait peu de pistes et énormément de suspects. En effet, chaque heimin habitant la forteresse pouvait être un Légionnaire déguisé, attendant le bon moment pour frapper. Elle accorda généreusement un nouveau quartier libre pour la soirée, surtout pour économiser les forces de Kimiko. Cependant, les autres Bushis profitèrent de l'occasion pour récupérer de l'assaut de la journée.
Tandis que la Vierge de Bataille se passait un épais onguent sur ses bleus, la Grue arpentait les couloirs du donjon, scrutant au travers des meurtrières le chemin de ronde qui faisait face à l'armée de l'Outremonde. Un long moment passa, mais ses yeux accrochèrent le signal lumineux qu'elle ne doutait pas de voir à un moment. Satisfaite, elle retourna dans ses appartements afin de ressourcer ses pouvoirs.

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il y a 6 ans 4 semaines - il y a 5 ans 10 mois #3745 par Masamune
Masamune a répondu au sujet : Re: Scénario : La menace intérieure
Chapitre 3 : La traque

La troisième journée de siège commença douloureusement pour la pauvre Kimiko qui fut réveillée en sursaut par une douleur fulgurante à l'épaule. Immédiatement debout, elle s'inspecta chaque centimètre de peau pour déterminer si son plus terrible secret était à l'origine de ces élancements, mais bien vite elle dut se rendre à l'évidence : les contusions de la veille nécessiteraient plus de temps pour guérir qu'elle ne l'aurait espéré.
Soupirant, elle défit ses bandages et appliqua l'onguent du mieux qu'elle put car elle refusait que quiconque l'assistât, de peur d'exhiber cette tache noire et honteuse qui couvrait son omoplate gauche. Elle prit des bandelettes de lin propres et en recouvrit les surfaces qu'elle avait enduit. Ensuite, elle enfila un kimono de soie violette qu'elle ceignit d'un obi blanc. Elle prit son petit déjeuner et alla rendre hommage à ses ancêtres pour les remercier de l'avoir protégée la veille. Elle quitta le petit autel en laissant derrière elle un bol de riz et un bâtonnet d'encens se consumant en une mince ligne de fumée. Avant de sortir de sa chambre, elle attrapa son daisho qu'elle glissa dans sa ceinture. Elle s'éloigna dans les couloirs, laissant derrière elle une forte odeur de camphre.
Dasan attendait déjà devant les appartements de Shiohin. Il salua la Licorne d'un signe de tête et elle lui souhaita le bonjour. Si le Crabe était heureux de voir la jeune femme bien portante, il n'en montrait rien. La Vierge de Bataille ne put engager la conversation car la porte devant eux coulissait dans un léger chuintement, découvrant la Magistrat de la Grue habillée comme à son habitude d'un kimono bleu de bien meilleure facture que celui de Kimiko, et le tantô passé dans un obi d'un blanc aussi pur que ses cheveux. Les deux samuraïs s'inclinèrent pour la saluer, et la Shugenja remarqua quand ils se relevèrent les lames que portaient la Licorne. Elle fronça les sourcils de désapprobation :

« Utaku San, vous n'envisagez pas sérieusement de vous porter au combat ce jour ? Votre convalescence est primordiale pour que vous ne gardiez pas de séquelles de l'accident d'hier. J'aviserai le Daimyo que vous êtes de repos en chambre. Vous pouvez disposer... »

Kimiko ouvrit la bouche et la referma, autant de surprise que d'indignation. Cette journée promettait d'être le tournant du siège et elle était mise à l'écart. Elle chercha le regard de Dasan en quête de soutien, mais celui-ci haussa ses massives épaules pour tout commentaire. A contrecoeur, elle s'inclina et accepta les ordres d'un « Hoy ! » plus sec qu'elle ne l'aurait voulu, puis tourna les talons vers sa chambre. La regardant s'éloigner, Shiohin soupira en secouant la tête avant de prendre la direction opposée.
La shiotome laissa libre court à sa frustration dans une série de katas enragés, et les heimins fuirent bientôt cette partie du donjon devant son caractère de chien. Elle prit son repas seule, ne voulant pas entendre Shiohin et Dasan, pour ce qu'il parlait, deviser de stratégies auxquelles elle ne participerait pas. Plus tard dans l'après-midi, elle entendait le vague brouhaha de la bataille se déroulant le long des murs, et elle décida de sortir de l'isolement de ses quartiers pour gagner une meurtrière d'où elle pourrait observer les mouvements de troupes. En chemin, elle entendit des gémissements provenant de l'étage inférieur, et elle s'y rendit afin de comprendre de quoi il retournait. Les bruits la guidèrent vers une salle aménagée avec des paillasses entre lesquelles les médecins du Daimyo allaient et venaient l'air affairés et préoccupés. La Bushi s'enhardit à en arrêter un qui lui répondit qu'il n'avait pas le temps de vérifier ses blessures maintenant. La jeune femme se fit violence pour ne pas lui faire baisser d'un ton ses paroles, mais elle se contint à temps en se rappelant qu'elle cherchait à savoir ce qui se passait et pensa que ce n'était décidément pas son jour.
En effet, les membres du Clan du Crabe gisant dans cette salle n'avaient aucune blessure apparente, et la salle même était bien trop mal placée pour abriter les estropiés. Avec une patience dont elle était peu coutumière, elle demanda des éclaircissements au médecin qui lui apprit que ces hommes avaient été empoisonnés. Le moyen était encore inconnu, mais les résultats se faisaient déjà visibles. Elle remercia ensuite le médecin qui ne perdit pas de temps après l'avoir salué pour retourner près des malades. Elle remonta assister à la bataille comme telle était sa première intention, avec derrière elle les gémissements de douleur des infortunés soldats.
Concentrée à la fois sur la bataille et l'inventaire des différents moyens de coincer le saboteur, elle entendit presque trop tard le déplacement d'air subtil juste derrière elle. Rapide comme la foudre, d'un geste mille fois répété lors de ses entraînements aux duels, la Vierge de Bataille dégaina son katana et se retourna dans le même geste. La pointe de l'arme s'arrêta à un cheveu de son opposant. Celui-ci portait un kimono rouge et un obi noir, et il eut un mouvement de recul quand le soleil accrocha la pointe qui lui frôlait la pomme d'adam, geste qui était démenti par l'éclat joueur de ses yeux. L'éventail dont il se servait et qui lui couvrait la moitié du visage ainsi que la lame passée à son côté achevaient de le deviner membre de l'école de courtisans du Clan du Scorpion.

« Bayushi San... » commença Kimiko en remettant son épée au fourreau. « Pardonnez la rudesse de mon accueil, mais avec cette bataille sous mes yeux, je me suis laissée emporter par l'ivresse du combat...
- Il n'y a pas d'offense Utaku San,
répondit l'homme avec un sourire.
- Que puis-je faire pour vous ? s'enquit la jeune femme, sur la défensive.
- La question n'est pas de savoir ce que je vous pouvez faire pour moi, mais l'inverse...
- Comment ça ? »


Le sourire du Scorpion s'élargit quand il reprit :

« Utaku San, vous savez aussi bien que moi que la guerre qui se déroule ici a lieu des deux côtés de la muraille... » Un Bushi de l'étage inférieur gémit à ce moment là comme pour souligner les propos du courtisan. « Et je pense être en mesure de pouvoir vous aider à régler la situation.
Pourquoi vous adresser à moi ? Je ne suis qu'une garde du corps... »


L'homme rit à nouveau, puis s'approcha de la fenêtre. Kimiko se tourna afin de toujours le garder en ligne de vue. Il s'accouda au rebord comme Kimiko le faisait tantôt, ce qui indiqua à la Licorne qu'il était là bien plus tôt que ce qu'elle avait cru. Fronçant les sourcils, elle attendit la suite en suivant le cours de la bataille les bras croisés.

« Pourquoi m'adresser à vous en vérité ? » reprit-il au bout d'un long moment. Il désigna deux silhouettes dans la masse des combattants en contrebas. « Peut-être parce que vous êtes celle qui est la plus accessible à cette heure, ne croyez-vous pas Utaku San ? »

La jeune femme renifla sans mot dire, mais elle avait bien envie de rétorquer que ce n'était pas de son plein gré qu'elle était tenue à l'écart.

« Je ne fais qu'obéir aux ordres... Encore une fois Bayushi San, que voulez-vous de moi ?
- Rien de plus qu'informer Asahina Sama que je désire m'entretenir avec elle dans la soirée »
répondit le Scorpion, le regard toujours rivé vers le halo de cheveux blancs qui surmontait la robe bleue. Se redressant, il s'éloigna dans les couloirs, laissant Kimiko à nouveau seule avec ses pensées.

La bataille s'acheva sur une victoire des défenseurs, et malgré la tache que faisait l'empoisonnement, le moral des troupes demeurait positif. Dès qu'elle le put, Kimiko rejoignit Shiohin et lui rendit compte de ses découvertes et de sa discussion avec le membre de la Famille Bayushi. Shiohin para au plus pressé, et elle fit diligemment circonscrire le puits qui avait été pollué. Elle fit poster des gardes devant les autres sources d'eau potable afin de minimiser les pertes de ressources, et alla informer le Daimyo de ces mesures de sécurité. Ce dernier félicita la Grue de sa célérité et approuva ses ordres. Shiohin et son escorte furent congédiés et la Magistrat partit en quête du courtisan qui avait rencontré Kimiko. Il n'est pas très difficile de trouver un Scorpion parmi les Crabes quand celui-ci le veut, aussi Shiohin entra bien vite en contact avec lui. Le Bayushi leur apprit que les espions devaient communiquer par signaux lumineux, car les autres moyens étaient trop voyants ou trop dangereux, ce que la Shugenja confirma en racontant son anecdote de la veille. Selon lui, il devait user d'artifices pour monter sur les remparts et il avait remarqué que certains gardes avaient une ration de saké anormalement généreuse. Il en déduisait qu'il saoulait les gardes pour se faciliter le passage. Shiohin fut très friande de ces informations capitales et invita le courtisan à participer à la traque et à l'arrestation du ou des infiltrés.
Afin de se faciliter la tâche, la Magistrat suggéra au Daimyo d'interdire la consommation d'alcool pendant les tours de garde, d'autant plus que la victoire de la journée rendait les hommes plus fêtards qu'à l'habitude. Il ne restait plus qu'à attendre la nuit et de surveiller les gardes qui s'occupaient des marches menant au chemin de ronde qui faisait face à l'armée ennemie. Dasan repéra des gardes émêchés, et il entreprit de rassembler tous ses compagnons. Ils investirent la passerelle de bois, et bientôt l'intrus fut repéré. Il tenta de s'enfuir, mais face à trois combattants et un mage, l'issue du combat était scellée. Sa tête fut présentée au Daimyo, mais malgré tout, les guetteurs reçurent l'ordre d'observer aussi bien l'extérieur que l'intérieur des murs.
Au matin, rien de suspect n'avait été détecté. Ce quatrième jour de bataille fut une écrasante victoire des défenseurs, les gobelins semblant désorganisés. Un éclaireur du Crabe confia à Kimiko que leurs attaques ressemblaient à ce qu'elle avait sous les yeux plutôt qu'aux attaques minutieusement orchestrées des trois derniers jours. Les samuraïs victimes du poison étaient dans un état stable, n'étant plus en danger sans que pour autant ils récupèrent leurs forces. Le chef des médecins expliqua aux généraux que les plantes nécessaires à l'élaboration de l'antidote devaient être préparées fraîches, et que sans pouvoir sortir, peu seraient soignés.
Fort heureusement, à l'aube du cinquième jour, le tocsin sonna la retraite des forces de l'Outremonde, laissant derrière eux un fortin affaibli mais victorieux. Sur les remparts, Shiohin, Kimiko et Dasan contemplaient la plaine ravagée que l'armée avait labouré durant son temps d'occupation. La Magistrat s'autorisa un soupir de soulagement et ferma les yeux en respirant la brise matinale. De part et d'autre de la jeune femme, ses gardes du corps échangèrent un regard déçu...

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